En allemand, une phrase correcte peut placer l’attention au mauvais endroit

 


Une phrase allemande peut être parfaitement correcte et pourtant ne pas correspondre à l’intention de la personne qui parle.

Le verbe conjugué occupe la deuxième position. Le participe passé se trouve à la fin. Le préfixe séparable n’a pas été oublié. Les cas sont correctement employés.

Aucune faute grammaticale évidente.

Malgré cela, un interlocuteur germanophone peut entendre un contraste que vous ne vouliez pas créer, percevoir une insistance inattendue ou comprendre qu’un élément particulier est au centre du message alors que, pour vous, il ne l’était pas.

Le problème ne vient donc pas toujours de la grammaire.

Il peut venir de la manière dont l’information a été organisée.

Pour un francophone, cette difficulté est particulièrement intéressante. Le français repose sur un ordre relativement stable, sur des pronoms sujets presque toujours exprimés et sur différents procédés de mise en relief. L’allemand utilise également une structure claire, mais il permet de choisir plus librement le premier constituant de la phrase.

Cette liberté n’est toutefois jamais neutre.

Chaque fois qu’un germanophone choisit de commencer par morgen, dieses Problem, in Berlin ou mit ihm, il prend une décision sur la manière dont son interlocuteur doit entrer dans le message.

La véritable question n’est donc pas uniquement :

« Où faut-il placer le verbe ? »

Il faut aussi demander :

« Pourquoi la phrase commence-t-elle précisément par cet élément ? »

L’ordre des mots organise le regard de l’interlocuteur

Prenons une phrase relativement neutre :

Ich möchte heute Abend einen Film sehen.

Je voudrais regarder un film ce soir.

La phrase commence par le sujet. Elle présente ensuite le souhait, le moment et l’action.

Modifions maintenant le premier constituant :

Heute Abend möchte ich einen Film sehen.

Ce soir, je voudrais regarder un film.

La situation décrite reste presque identique. Pourtant, heute Abend devient le cadre dans lequel toute la proposition doit être comprise.

Cette phrase pourrait naturellement répondre à la question :

— Was möchtest du heute Abend machen?
— Heute Abend möchte ich einen Film sehen.

— Qu’aimerais-tu faire ce soir ?
— Ce soir, j’aimerais regarder un film.

Plaçons maintenant le complément au début :

Einen Film möchte ich heute Abend sehen.

C’est un film que je voudrais regarder ce soir.

Cette version ne présente plus simplement un projet. Elle met einen Film en relief et peut introduire une opposition :

  • un film plutôt qu’une série ;
  • regarder un film plutôt que sortir ;
  • un film comme choix parmi plusieurs activités.

Le fait objectif change peu. La perspective, elle, change nettement.

L’ordre allemand ne détermine pas seulement où se trouvent les mots. Il détermine par où commence l’interprétation.

Le français maintient le sujet après un complément initial

En français, nous pouvons dire :

Demain, je parlerai avec la professeure.

Le complément de temps est placé en tête, mais l’ordre sujet-verbe reste inchangé :

demain → je → parlerai

L’allemand fonctionne autrement :

Morgen spreche ich mit der Lehrerin.

Après morgen, le verbe conjugué apparaît immédiatement, puis vient le sujet :

morgen → spreche → ich

Une transposition directe de l’ordre français donnerait :

Morgen ich spreche mit der Lehrerin.

Cette construction est incorrecte en allemand.

La différence ne concerne pas seulement deux mots que l’on devrait permuter. Elle reflète deux systèmes distincts.

Le français conserve généralement le sujet devant le verbe dans une proposition déclarative ordinaire, même lorsqu’un complément est placé au début.

L’allemand réserve la deuxième position syntaxique au verbe conjugué.

Si le sujet n’occupe plus la première position, il se place habituellement après le verbe :

Heute arbeite ich zu Hause.

Aujourd’hui, je travaille à la maison.

In Berlin wohnt meine Schwester.

À Berlin habite ma sœur.

Über dieses Problem sprechen wir morgen.

Nous parlerons de ce problème demain.

Pour un francophone, cette réorganisation doit devenir un automatisme. Il ne suffit pas de connaître les mots allemands correspondant à la phrase française.

Il faut reconstruire la phrase selon une autre architecture.

La deuxième position n’est pas le deuxième mot

La formule :

« Le verbe allemand se place en deuxième position »

est souvent comprise de manière trop littérale.

Il ne s’agit pas nécessairement du deuxième mot écrit ou prononcé. Il s’agit du deuxième constituant syntaxique.

Comparons :

Heute komme ich später.

Aujourd’hui, j’arriverai plus tard.

Heute Abend komme ich später.

Ce soir, j’arriverai plus tard.

Nach dem Gespräch mit meiner neuen Kollegin komme ich später.

Après la conversation avec ma nouvelle collègue, j’arriverai plus tard.

Avant komme, nous trouvons successivement :

  • un mot ;
  • un groupe temporel ;
  • un groupe prépositionnel beaucoup plus long.

Ces groupes occupent pourtant tous une seule position syntaxique.

Autre exemple :

Am Ende unseres langen Gesprächs haben wir eine gemeinsame Lösung gefunden.

À la fin de notre longue conversation, nous avons trouvé une solution commune.

L’ensemble :

Am Ende unseres langen Gesprächs

constitue le premier élément de la phrase.

Haben occupe donc la deuxième position syntaxique, même s’il n’est pas le deuxième mot.

Comprendre l’allemand exige ainsi de reconnaître des blocs, et non de compter des mots :

premier constituant → verbe conjugué → reste de la proposition

Le Vorfeld n’est pas une simple case avant le verbe

La zone située avant le verbe conjugué est appelée Vorfeld, le champ initial de la proposition.

Dans un tableau grammatical, elle peut ressembler à une case vide qu’il suffit de remplir. Dans une conversation réelle, elle joue un rôle beaucoup plus important.

Elle indique à l’interlocuteur depuis quelle perspective il doit interpréter la suite.

Prenons la phrase :

Ich muss morgen mit der Schulleitung über dieses Problem sprechen.

Je dois parler demain de ce problème avec la direction de l’école.

Plaçons maintenant différents éléments dans le Vorfeld.

Le moment comme cadre

Morgen muss ich mit der Schulleitung über dieses Problem sprechen.

Demain, je dois parler de ce problème avec la direction de l’école.

La journée de demain devient le cadre général. La conversation porte peut-être sur les tâches à accomplir le lendemain.

Le problème comme thème

Über dieses Problem muss ich morgen mit der Schulleitung sprechen.

C’est de ce problème que je dois parler demain avec la direction de l’école.

Le problème est probablement déjà connu. Il peut également être opposé à d’autres questions moins urgentes.

L’interlocuteur comme contraste

Mit der Schulleitung muss ich morgen über dieses Problem sprechen.

C’est avec la direction de l’école que je dois parler demain de ce problème.

La personne ou l’institution devient particulièrement pertinente.

La phrase peut laisser entendre :

  • qu’il ne suffit pas de parler avec un collègue ;
  • que l’enseignant ne peut pas régler la situation ;
  • qu’il faut s’adresser directement à la direction.

Le sujet comme point de départ

Ich muss morgen mit der Schulleitung über dieses Problem sprechen.

Je dois parler demain de ce problème avec la direction de l’école.

La phrase part de l’obligation de la personne qui parle.

Toutes ces propositions peuvent décrire la même situation. Elles ne l’introduisent pourtant pas de la même façon dans le dialogue.

Le français crée souvent la mise en relief autrement

Lorsque le français veut fortement distinguer un élément, il utilise fréquemment une construction clivée :

C’est demain que je parlerai avec la direction.

C’est de ce problème que je parlerai avec la direction.

C’est avec la direction que je parlerai de ce problème.

Ces constructions rendent la mise en relief explicite.

L’allemand peut produire un effet comparable en choisissant le premier constituant et en utilisant l’intonation :

Morgen spreche ich mit der Schulleitung.

Über dieses Problem spreche ich mit der Schulleitung.

Mit der Schulleitung spreche ich über dieses Problem.

Les équivalences ne sont jamais totalement mécaniques. Un élément placé en tête en allemand n’exige pas toujours une construction en c’est… que dans la traduction française.

Cependant, cette comparaison permet de comprendre une chose essentielle :

un changement de position peut être une décision de focalisation, et non une simple variante stylistique.

La dislocation française ne correspond pas exactement au Vorfeld allemand

Le français parlé utilise également des dislocations :

Ce livre, je ne l’ai pas encore lu.

Cette question, nous allons la traiter demain.

Mon collègue, je lui ai déjà parlé.

Un élément est placé en tête, puis repris par un pronom dans la phrase.

En allemand, on peut dire :

Dieses Buch habe ich noch nicht gelesen.

Mais on ne reprend normalement pas dieses Buch par un pronom supplémentaire :

Dieses Buch habe ich es noch nicht gelesen.

Cette dernière construction est incorrecte dans l’allemand standard.

Le français dit :

Ce livre, je ne l’ai pas encore lu.

L’allemand construit :

Dieses Buch | habe | ich noch nicht gelesen.

Dieses Buch est directement intégré à la structure grammaticale de la proposition. Il occupe le Vorfeld, puis le verbe conjugué apparaît en deuxième position.

Cette différence est fondamentale.

Le premier élément allemand ne se trouve pas simplement « devant la phrase ». Il appartient à l’architecture de la phrase.

Une même structure peut remplir plusieurs fonctions

Considérons :

Dieses Buch habe ich noch nicht gelesen.

Ce livre, je ne l’ai pas encore lu.

Cette phrase peut apparaître dans différents contextes.

Elle peut créer un contraste

— Kennst du alle drei Romane?
— Zwei kenne ich. Dieses Buch habe ich noch nicht gelesen.

— Tu connais les trois romans ?
— J’en connais deux. Ce livre, je ne l’ai pas encore lu.

Le livre est opposé aux deux autres.

Elle peut poursuivre un thème déjà établi

— Was hältst du von diesem Buch?
— Dieses Buch habe ich noch nicht gelesen.

— Que penses-tu de ce livre ?
— Je ne l’ai pas encore lu.

Dans ce contexte, le livre n’est pas nécessairement opposé à un autre. Il constitue simplement le thème déjà introduit par la question.

L’ordre est identique. La fonction communicative ne l’est pas.

Le contexte décide si le premier élément exprime :

  • un contraste ;
  • une continuité thématique ;
  • une correction ;
  • un changement de perspective ;
  • un retour à une information précédente.

L’explication du premier mot se trouve souvent avant la phrase

Pourquoi une proposition commence-t-elle par morgen ?

Peut-être parce que la conversation porte déjà sur aujourd’hui et demain.

Pourquoi dieses Problem apparaît-il en premier ?

Plusieurs problèmes ont peut-être été mentionnés.

Pourquoi le locuteur commence-t-il par in Berlin ?

Berlin est peut-être comparée à Hambourg, Vienne, Zurich, Paris ou Bruxelles.

Une phrase isolée ne contient donc pas toujours la raison de son propre ordre.

Cette raison peut se trouver :

  • dans la question précédente ;
  • dans une information déjà connue ;
  • dans une affirmation à corriger ;
  • dans une alternative implicite ;
  • dans un contraste non formulé ;
  • dans un thème que le locuteur souhaite réintroduire.

Analyser l’ordre allemand sans regarder le contexte revient souvent à étudier une réponse sans connaître la question.

La Satzklammer : une phrase dont le sens reste ouvert

Une autre différence importante entre le français et l’allemand est la Satzklammer, la structure verbale en cadre.

Prenons une proposition avec un verbe modal :

Ich möchte heute Abend einen Film sehen.

Je voudrais regarder un film ce soir.

En français, les éléments verbaux restent proches :

je voudrais regarder

En allemand, ils s’éloignent :

Ich möchte | heute Abend einen Film | sehen.

Möchte ouvre la structure. Sehen la termine.

Le parfait allemand fonctionne également avec un cadre :

Ich habe gestern lange mit ihm gesprochen.

J’ai longuement parlé avec lui hier.

En français, l’auxiliaire et le participe restent côte à côte :

j’ai parlé

En allemand, ils encadrent une partie importante de la phrase :

Ich habe | gestern lange mit ihm | gesprochen.

Même principe avec un verbe à particule séparable :

Ich rufe dich nach dem Unterricht an.

Je t’appellerai après le cours.

Le verbe complet est anrufen, mais la proposition principale le sépare :

rufe … an

Pour un francophone, cette organisation peut sembler inutilement distante. Pourtant, elle constitue l’un des principaux systèmes d’orientation de la phrase allemande.

Le premier élément verbal ouvre une attente.

Le dernier la ferme.

Comprendre l’allemand signifie parfois attendre la fin

Écoutons le début d’une phrase :

Ich habe gestern mit meiner neuen Kollegin über das Projekt …

Nous savons déjà plusieurs choses :

  • la phrase est construite au parfait ;
  • elle concerne hier ;
  • une nouvelle collègue est impliquée ;
  • le projet est mentionné.

Mais l’action principale n’a pas encore été révélée.

Elle peut arriver à la fin :

… gesprochen.

J’ai parlé du projet.

Le même phénomène est encore plus visible avec les verbes séparables :

Ich rufe dich morgen …

À ce stade, rufen peut évoquer l’idée d’appeler quelqu’un à voix haute.

L’élément final précise le verbe :

Ich rufe dich morgen an.

Je t’appellerai demain.

Autres exemples :

Der Unterricht fängt um neun Uhr an.

Le cours commence à neuf heures.

Ich stehe jeden Morgen um sechs Uhr auf.

Je me lève tous les matins à six heures.

Wir kommen am Sonntag zurück.

Nous revenons dimanche.

L’écoute allemande exige donc une compétence particulière :

ne pas fixer trop tôt l’interprétation.

Pour commencer une phrase, il faut déjà connaître sa fin

Cette logique concerne également la production orale.

Un étudiant commence :

Ich möchte morgen nach der Arbeit mit meiner Kollegin über das neue Projekt …

Je voudrais demain, après le travail, avec ma collègue, au sujet du nouveau projet…

Mais la proposition allemande reste ouverte. L’interlocuteur attend encore l’action :

… sprechen.

La phrase complète est :

Ich möchte morgen nach der Arbeit mit meiner Kollegin über das neue Projekt sprechen.

Si sprechen disparaît, il ne manque pas uniquement un mot.

Möchte a ouvert une structure et annoncé qu’un infinitif apparaîtrait plus tard. Sans cet infinitif, la promesse grammaticale faite au début de la phrase n’est pas respectée.

Avant de produire une proposition longue, il est donc utile de déterminer son cadre verbal :

möchte … sprechen

Puis de remplir l’espace intérieur :

Ich möchte | morgen nach der Arbeit mit meiner Kollegin über das neue Projekt | sprechen.

Cette méthode change la nature de la production.

On ne construit plus la phrase mot après mot. On prépare d’abord son architecture.

Le sujet est exprimé dans les deux langues, mais il ne reste pas au même endroit

Le français et l’allemand ont un point commun utile : le sujet pronominal est généralement exprimé.

Français :

Je parle avec la professeure.

Allemand :

Ich spreche mit der Lehrerin.

Mais lorsque le français place un complément au début, le sujet garde habituellement sa position devant le verbe :

Demain, je parle avec la professeure.

En allemand, il passe après le verbe :

Morgen spreche ich mit der Lehrerin.

Cette proximité entre les deux langues peut donc être trompeuse.

Le francophone sait qu’il faut conserver le pronom ich, mais il peut le maintenir au mauvais endroit :

Morgen ich spreche …

La solution n’est pas de supprimer le pronom :

Morgen spreche …

La solution est de l’intégrer au modèle allemand :

Morgen spreche ich …

Les cas permettent des déplacements que le français exprime autrement

L’allemand utilise les cas pour marquer la fonction des groupes nominaux.

Comparons :

Der Lehrer sieht den Schüler.

Le professeur voit l’élève.

Den Schüler sieht der Lehrer.

C’est l’élève que le professeur voit.

Dans la deuxième phrase, den Schüler reste le complément d’objet grâce à l’accusatif, même s’il se trouve en première position.

Le français doit s’appuyer davantage sur l’ordre ou sur une construction de mise en relief :

C’est l’élève que le professeur voit.

Cette différence explique une partie de la flexibilité allemande.

Cependant, une possibilité grammaticale n’est pas automatiquement une formulation neutre.

Den Schüler sieht der Lehrer

a besoin d’un contexte particulier. L’élève est déjà le thème, fait l’objet d’un contraste ou répond à une question précise.

La morphologie permet le déplacement.

Le contexte lui donne sa raison.

Ordre neutre et ordre marqué

Prenons :

Ich habe ihm gestern die Unterlagen geschickt.

Je lui ai envoyé les documents hier.

Cette version est relativement neutre.

Plaçons le temps en premier :

Gestern habe ich ihm die Unterlagen geschickt.

Hier, je lui ai envoyé les documents.

Gestern peut créer un cadre temporel ou corriger une information précédente :

« Pas aujourd’hui, mais hier. »

Plaçons les documents en premier :

Die Unterlagen habe ich ihm gestern geschickt.

Les documents, je les lui ai envoyés hier.

Un contraste devient possible :

  • les documents ont été envoyés, mais pas encore le contrat ;
  • ce sont bien les documents qui ont été envoyés ;
  • en ce qui concerne les documents, la tâche est terminée.

Plaçons le destinataire en premier :

Ihm habe ich die Unterlagen gestern geschickt.

C’est à lui que j’ai envoyé les documents hier.

Cette formulation demande un contexte encore plus précis. Ihm peut être opposé à d’autres destinataires.

Le fait décrit reste le même. Sa place dans la conversation change.

Le premier élément n’est pas toujours le plus accentué

Une nouvelle simplification apparaît parfois :

« Le premier élément est le plus important de la phrase. »

Ce n’est pas exact.

Observons :

Morgen spreche ich mit dem neuen DIREKTOR.

Demain, je parlerai avec le nouveau DIRECTEUR.

Morgen fixe le cadre temporel, mais l’accent principal peut tomber sur Direktor.

Il faut distinguer :

  • le point de départ de la proposition ;
  • le thème déjà connu ;
  • l’information nouvelle ;
  • le contraste ;
  • l’accent prosodique.

Ces éléments peuvent coïncider, mais ce n’est pas obligatoire.

L’ordre établit la perspective.

L’intonation indique le centre informatif.

Le contexte explique la relation entre les deux.

Quand l’ordre change le ton de la conversation

Les effets deviennent particulièrement visibles dans les demandes, les corrections et les conflits.

Demander de l’aide

Ich brauche morgen deine Hilfe.

J’ai besoin de ton aide demain.

Formulation relativement neutre.

Morgen brauche ich deine Hilfe.

Demain, j’aurai besoin de ton aide.

Le temps devient le cadre de la proposition.

Deine Hilfe brauche ich morgen.

C’est de ton aide que j’aurai besoin demain.

L’aide est mise en relief. Selon le contexte et l’intonation, la phrase peut exprimer l’insistance, la gratitude ou une opposition.

L’ordre ne produit pas une émotion fixe. Il indique le constituant qui doit recevoir une attention particulière.

Exprimer l’incompréhension

Ich verstehe dich nicht.

Je ne te comprends pas.

La phrase décrit une difficulté de compréhension de manière relativement neutre.

Dich verstehe ich nicht.

Toi, je ne te comprends pas.

La personne elle-même devient le centre du contraste :

« Je peux comprendre les autres, mais pas toi. »

La deuxième version peut donc paraître plus personnelle ou plus dure.

Corriger une information

— Du hast die Nachricht heute geschickt, oder?
— Gestern habe ich sie geschickt.

— Tu as envoyé le message aujourd’hui, n’est-ce pas ?
— Je l’ai envoyé hier.

Gestern apparaît en première position parce que c’est précisément l’information temporelle qui doit être corrigée.

Poser une limite

Dieses Thema bespreche ich heute nicht.

Ce sujet, je ne l’aborderai pas aujourd’hui.

Le sujet est placé en tête parce que le locuteur délimite exactement ce qui est exclu de la conversation actuelle.

Cinq erreurs fréquentes chez les francophones

Erreur 1 : conserver l’ordre français après un complément initial

Français :

Demain, je parle avec le professeur.

Allemand incorrect :

Morgen ich spreche mit dem Lehrer.

Allemand correct :

Morgen spreche ich mit dem Lehrer.

Erreur 2 : compter les mots

Le groupe :

Nach dem Unterricht

contient plusieurs mots, mais occupe une seule position :

Nach dem Unterricht spreche ich mit dem Lehrer.

Après le cours, je parle avec le professeur.

Erreur 3 : supprimer le sujet pour libérer la deuxième position

Incorrect :

Morgen spreche mit dem Lehrer.

Correct :

Morgen spreche ich mit dem Lehrer.

Le sujet ne disparaît pas. Il se place après le verbe.

Erreur 4 : oublier de fermer la structure verbale

Incorrect :

Ich muss morgen mit der Ärztin.

Si l’on veut dire qu’il faut parler avec la médecin :

Ich muss morgen mit der Ärztin sprechen.

Avec un verbe séparable :

Ich rufe dich morgen an.

La particule an fait partie du verbe et ne peut pas être supprimée.

Erreur 5 : employer un ordre marqué sans contexte

Dieses Problem verstehe ich nicht.

Ce problème, je ne le comprends pas.

La phrase est correcte, mais elle met spécifiquement ce problème en relief.

Sans contraste particulier, la version suivante peut être plus neutre :

Ich verstehe dieses Problem nicht.

Je ne comprends pas ce problème.

Une méthode pour construire la phrase avant de la prononcer

Au lieu de traduire mot à mot, on peut procéder par décisions.

1. Définir l’action

Que doit-il se passer ?

mit der Lehrerin sprechen

parler avec la professeure.

2. Construire le cadre verbal

Ich muss … sprechen.

Je dois parler.

3. Ajouter les informations nécessaires

Ich muss morgen mit der Lehrerin über die Prüfung sprechen.

Je dois parler demain de l’examen avec la professeure.

4. Observer le contexte

De quoi parlait-on auparavant ?

  • du programme de demain ;
  • de l’examen ;
  • de la professeure ;
  • de l’obligation du locuteur ?

5. Choisir la perspective

Si le cadre est la journée de demain :

Morgen muss ich mit der Lehrerin über die Prüfung sprechen.

Si le thème est l’examen :

Über die Prüfung muss ich morgen mit der Lehrerin sprechen.

Si la personne est particulièrement importante :

Mit der Lehrerin muss ich morgen über die Prüfung sprechen.

6. Vérifier le contraste implicite

Il faut se demander :

« Si je place cet élément en premier, à quelle autre possibilité mon interlocuteur risque-t-il de l’opposer ? »

Si un contraste involontaire apparaît, mieux vaut choisir une structure plus neutre.

7. Fermer le cadre verbal

Si la phrase commence par :

Ich muss …

elle doit se terminer par :

… sprechen.

Si elle commence par :

Ich habe …

elle doit recevoir le participe correspondant :

… gesprochen.

La production cesse alors d’être une recherche improvisée de positions. Elle devient un processus organisé.

Comment nous travaillons l’ordre allemand

À la Levitin Language School, nous ne réduisons pas l’ordre des mots à une formule telle que :

« Placez le temps au début, puis inversez le sujet et le verbe. »

Cette instruction peut corriger une phrase isolée, mais elle ne permet pas de comprendre le système.

L’apprenant doit savoir :

  • reconnaître des constituants complets ;
  • distinguer une position d’un mot ;
  • identifier le verbe conjugué ;
  • voir les deux extrémités de la Satzklammer ;
  • comprendre la fonction communicative du Vorfeld ;
  • distinguer ordre neutre et ordre contrastif ;
  • relier la phrase à la question précédente ;
  • maintenir le sujet explicite à la bonne place ;
  • associer syntaxe et intonation ;
  • anticiper la fin de la proposition ;
  • construire depuis l’intention plutôt que depuis la phrase française.

Nous travaillons selon la séquence :

situation → intention → cadre verbal → perspective → ordre → intonation

La question :

« Où dois-je placer ce mot ? »

est alors remplacée par des questions plus précises :

  • Que sait déjà mon interlocuteur ?
  • Depuis quel élément doit-il comprendre le message ?
  • Quelle information suis-je en train de corriger ?
  • Quel contraste suis-je en train de créer ?
  • Quelle structure verbale ai-je ouverte ?
  • Comment dois-je la terminer ?
  • Cette phrase transmet-elle réellement mon intention ?


Une phrase commence avant son premier mot

Avant de parler, le cerveau a déjà pris une série de décisions.

Il a sélectionné l’action.

Il a distingué les informations connues des informations nouvelles.

Il a choisi un point de départ.

Il a anticipé le cadre verbal et sa fermeture.

Il a décidé quel élément deviendrait le thème, le contraste ou la perspective.

Les personnes ne traduisent donc pas simplement des mots.

Elles traduisent des décisions.

La grammaire fournit l’architecture.

Le contexte lui donne une direction.

L’ordre des mots guide l’attention.

L’intonation complète la focalisation.

Et le sens commence au moment où le locuteur décide par quel élément il ouvrira sa phrase.

Continuer l’exploration

Apprendre l’allemand à la Levitin Language School

Profil de Tymur Levitin

Découvrir toutes les langues et disciplines

Language Learnings — division de l’école aux États-Unis

Autres versions de cette réflexion

Article principal en anglais

Version allemande

Laboratoire hispanophone

Laboratoire pour l’Amérique latine

Laboratoire en hébreu

À propos de l’auteur

Tymur Levitin est le fondateur et le directeur de la Levitin Language School. Il enseigne l’anglais et l’allemand et développe depuis plus de 15 ans une approche qui relie la grammaire à la structure, à la pensée, au contexte et aux décisions communicatives réelles.

© Tymur Levitin — Founder & Director, Levitin Language School
Levitin Language School | Language Learnings
levitintymur.com | languagelearnings.com

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Pourquoi votre apprentissage des langues n’a pas fonctionné

Ce que la voix dit avant la phrase : prosodie, silence et intention

Les adjectifs qui régissent encore le génitif et ce qu’ils signifient réellement